HISTOIRE DE MAJORQUE

Située au coeur de la mer la plus convoitée d'Europe, Majorque s'est souvent trouvée sur la trajectoire des grands mouvements en Méditerrannée. A maintes reprises dans l'histoire, l'île a connu d'importants bouleversements.

La Préhistoire et l'Antiquité
Les premiers signes de présence humaine sur l'île remontent à environ 7200 av. J.-C. Durant les 6 000 années suivantes, la population, composée de groupes et de tribus disparates, a vécu en majorité dans des grottes et d'autres abris naturels, vivant des produits de la chasse et de la cueillette. Vers 1200 av. J.-C., des tribus guerrières, venant probablement d'Asie Mineure, envahissent Majorque. Ces guerriers sont appelés Talayots, du nom des tours de guet en pierre qu'ils construisent (les talayots).
En 654 av. J.-C., les Carthaginois envahissent l'archipel. A Majorque, ils installent des postes militaires et remarquent vite les qualités des autochtones, guerriers très habiles à manier la fronde et les enrôlent alors comme mercenaires.
Après la chute de Carthage, les îles tombent aux mains des Romains en 123 av. J.-C. Ils s'empressent de fonder deux villes, Palma et Pol-lèntia (où subsistent encore des vestiges). Le déclin du pouvoir romain, qui s'amorce au IIème siècle apr. J.-C., coïncide avec le développement du christianisme dans l'archipel. Il atteint son point de non-retour avec l'éclatement de l'Empire et l'invasion des Vandales de Gunderic en 421 apr. J.-C. Puis, en 533, l'archipel est à nouveau soumis par les armées bizantines et intégré à l'Empire d'Orient.

La Domination Maure
En 902, le calife de Cordoue, Al-Jawlani, conquiert Majorque sans difficulté. L'île est alors placée sous l'obédience politico-administrative du califat de Cordoue. Le wali (gouverneur) réside dans l'ancienne ville romaine, devenue Medina Majurga. La loi de l'islam est imposée et l'archipel sert de base aux expéditions qu'Al-Andalus mène sur les côtes catalanes et françaises. Au cours des trois siècles de leur domination, les Maures vont profondément modifier la physionomie de l'île. Grâce à un réseau complexe de canaux d'irrigation, ils introduisent la culture de nouveaux végétaux venus d'Afrique ou de Perse. Ils couvrent les vallées de terrasses plantées d'oliviers et d'orangers que l'on peut encore admirer aujourd'hui. Après la ruine du califat de Cordoue, les Baléares reviennent au royaume arabe de Denia. En 1077, elles se dégagent de cette domination pour devenir une taifa (royaume musulman indépendant). L'archipel prospère grâce à la piraterie. Mais les chrétiens acceptent mal la domination des musulmans sur Majorque, pièce maîtresse pour le contrôle des voies maritimes. En 1113, une flotte appareille de Rome et de Pise. Après des combats acharnés, les italiens réussissent à mettre le gouverneur maure en fuite, mais les renforts barbaresques arrivent et les Pisans exténués quittent Majorque précipitamment.

La Reconquête Chrétienne
En 1228, Jacques Ier, souverain d'Aragon, se lance à la conquête des Baléares. Ce vigoureux catalan, batailleur et poète, brutal et galant sans scrupules, est resté la grande figure de Majorque. Le jeune roi se sent investi d'une mission divine pour défendre la croix contre l'infidèle. De tous les recoins de son royaume, les guerriers se joignent à sa sainte croisade. L'armée se met en route le 1er septembre 1229, forte de 15 000 fantassins et de 1 500 cavaliers. Ils débarquent à Santa Ponça. Une croix sur un rocher témoigne aujourd'hui de ce qui constitue la page la plus importante de l'histoire du pays. Le 12 septembre, les deux armées s'affrontent et Jacques Ier sort vainqueur du combat. Les musulmans sont en déroute et se réfugient derrière les remparts de Palma. Après trois mois de siège, la ville tombe enfin aux mains des assaillants.

L'Heure de l'Indépendance
Les musulmans battus, les îles Baléares sont incorporées au royaume catalano-aragonais. Vainqueur, Jacques Ier n'a qu'une obsession : rendre à l'archipel son dynamisme économique. Afin de les encourager à s'installer à Majorque, il offre des terres à tous ses lieutenants. Le partage s'accompagne d'un programme de colonisation. Toujours soucieux de repeupler l'île, Jacques Ier et les principaux propriétaires terriens intègrent les Maures restés après la défaite. Il en va de même pour d'autres communautés étrangères susceptibles d'apporter des revenus à la Couronne, comme les Génois, les Pisans ou les juifs. Ces derniers sont considérés comme "les coffres du roi" et lui servent souvent de banquiers. Habiles artisans ou commerçants dynamiques, ils forment une véritable élite financière et intellectuelle, à l'origine notamment du développement de l'une des écoles cartographiques les plus célèbres du bassin méditerranéen. L'année 1276, date de la mort de Jacques Ier, qui avait divisé son royaume entre ses deux héritiers, marque l'avènement de l'indépendance de Majorque qui durera jusqu'au milieu du XIVème siècle. Cette courte période d'équilibre politique coïncide avec l'essor économique de l'île et une grande effervescence intellectuelle et artistique. Le personnage qui symbolise le mieux cet âge d'or est Ramon Llull, philosophe, alchimiste, érudit et poète mystique. Palma est alors l'un des principaux ports de la Méditerranée. Majorque devient l'une des plaques tournantes du commerce des esclaves. L'industie navale se développe. La qualité des bateaux construits sur place confère à l'île une renommée dans tout le monde chrétien. Cette prospérité suscite des convoitises. Jacques II, souverain de Majorque, a fort à faire avec son frère cadet, Pierre III d'Aragon, qui envie les richesses de l'île. En 1343, Pierre IV d'Aragon (cousin de Jacques II) lance une offensive contre Jacques III (successeur de Jacques II), qu'il écrase lors de la bataille de Llucmayor. Le 31 mai, il entre dans Palma. Ni Jacques III ni son fils Jacques IV ne parviennent à lui reprendre le trône.

Filles d'Aragon et de Castille
Les Baléares indépendantes ont vécu, l'archipel est rattachée au royaume d'Aragon. Cette annexion a pour conséquence l'assujettissement de Majorque, qui doit contribuer à l'expansion aragonaise en Méditerranée par le biais d'impôts et autres taxes. Ces charges entraînent le déclin économique de l'île. Dans ce contexte d'appauvrissement, les conflits entre la bureaucratie, composée de représentants du roi, et l'oligarchie, formée par les classes urbaines, ne peuvent que s'exacerber. Ils ouvrent la voie à de graves crises sociales et à un début de guerre civile, les
germania (guerres des communautés), en 1521. L'arrivée des troupes royales met un terme à la révolte. Le pouvoir de l'aristocratie est restauré. Celle-ci va contrôler la destinée administrative et politique du royaume de Majorque tout au long des XVIème et XVIIème siècles. Une autre calamité frappe l'archipel : les pirates nord-africains, qui pillent, rasent et poussent les autochtones à se retrancher à l'intérieur des terres. Face à ce danger, les côtes se couvrent de tours de guet, les villes se ceinturent d'épais remparts. Aux attaques des pirates turcs s'ajoutent les famines périodiques et les épidémies de peste. Malgré tous ces fléaux, l'archipel reste fidèle à sa vocation maritime. Mais la marine marchande cède peu à peu sa place à la marine de guerre et les îles deviennent un important point d'appui militaire pour l'Espagne en lutte contre l'Empire ottoman. En 1571, la victoire des Espagnols sur les Turcs ouvre une période d'accalmie qui prendra fin avec la guerre de Succession d'Espagne.

Les Guerres d'Espagne
Lors de la guerre de Succession d'Espagne, entre 1701 et 1716, les Majorquins prennent le parti de l'archiduc Charles d'Autriche, le Habsbourg, contre le Bourbon Philippe V, petit-fils de Louis XIV. Pour l'élite locale, Philippe V représente l'absolutisme dans tout son éclat, tandis que le Habsbourg a le mérite d'affectionner la monarchie traditionnelle. Majorque fait le mauvais choix. Philippe V sort vainqueur et est reconnu roi d'Espagne en 1713. Le Bourbon abolit tous les privilèges historiques de Majorque et son autonomie en 1716. L'obligation de parler castillan et de renoncer au catalan est aussi promulguée. Les attaques régulières de pirates obligent Majorque à demeurer sur ses gardes pendant une grande partie du XVIIIème siècle, jusqu'à ce que les insulaires obtiennent en 1785 l'autorisation de riposter librement. Au début du XIXème siècle, les guerres napoléoniennes entraînent un afflux de réfugiés catalans sur l'île, ce qui déclenche des troubles économiques et sociaux. Durant la seconde moitié du siècle, la bourgeoisie prospère tandis que l'activité agricole se développe en introduisant la culture de la vigne et de l'amandier. Le tournant du XXème siècle est une époque positive. La Renaissance culturelle catalane se fait sentir jusqu'à Majorque où toutes les formes d'art s'épanouissent.

La guerre civile divise profondément les Baléares. Majorque (base militaire importante) et Ibiza se rangent, sous l'impulsion du général Goded, dans le camp des nationalistes. Le 19 juillet 1936, l'armée et les milices de droite s'emparent de Majorque au nom du général Franco. Le 1er avril 1939, après trois ans de conflit et trois jours après la chute de Madrid, Franco revendique la victoire. La vie à Majorque s'aligne alors sur celle du continent : le catalan et toute manisfestation de la culture régionale sont interdits. Le rationnement, introduit en 1940, va durer jusqu'en 1952.

Village Talayotique

Bataille de Santa Ponça, 1229

Jacques I

I

Jacques Ier

ACCUEIL